vendredi 19 mars 2010

Belgocontrol, temple de l’incurie

Belgocontrol, temple de l’incurie
Philippe Lawson
Mis en ligne le 19/03/2010
L’audit commandé par Schouppe étrille la gestion de l’entreprise publique. Dysfonctionnements en pagaille, absentéisme effréné, shadow cabinet… Tout y passe.


Tintin, un fidèle du clan Daerden
L’administrateur délégué défend son bilan


Sale temps pour Belgocontrol, l’organisme belge de contrôle aérien ainsi que pour ses dirigeants et administrateurs. Un audit commandé par le secrétaire d’Etat, Etienne Schouppe (CD&V), et réalisé par KPMG a été présenté hier aux administrateurs et le moins qu’on puisse écrire est qu’il donne une image peu enviable de l’entreprise et de toute sa gestion. L’analyse du document dont nous avons eu connaissance laisse apparaître des dysfonctionnements au sommet de Belgocontrol et une gestion peu orthodoxe de l’héritier de l’ex-Régie des voies aériennes (RVA). "Les conclusions font partie du cahier des charges et sont, sur le plan intellectuel, extrêmement mauvaises. A aucun moment, on ne parle de tout ce que Belgocontrol a fait pendant dix ans. Il n’y a que du négatif. Cet audit est un instrument politique réalisé dans le but de nous faire du tort", nous a confié Jean-Claude Tintin, administrateur délégué de Belgocontrol depuis sa création en 1998. D’après lui, l’audit est loin d’être impartial, dans la mesure où un membre de l’équipe de KPMG ayant réalisé l’audit serait Ellen Bernaert, présidente des jeunes CD&V de Gand.


1Conseil d’administration avec une présidence faible. L’audit épingle le fonctionnement du conseil d’administration de Belgocontrol composé de dix membres. D’après les experts de KPMG, les administrateurs ne seraient pas assez techniques et ils ne seraient pas informés à temps, ni de façon claire et précise, sur les activités de l’entreprise. Ils n’auraient aucune vision stratégique et le président Charles-Louis d’Arenberg manquerait de fermeté dans sa tâche. Par ailleurs, il n’y aurait pas de dialogue entre le CA et le comité de direction, ce dernier n’existant que de nom.


2Comité de direction. Il est actuellement composé de quatre personnes : le CEO Jean-Claude Tintin et trois directeurs ; Jan Cottyn (équipement), Hilde van den Houten (administration et finances) et Daniel Goffin (opérations). D’après l’audit, c’est M. Tintin qui dirige et qui décide de tout sur la scène nationale et internationale. Le comité de direction actuel pèche par une absence de stratégie et ne forme pas vraiment une équipe.


3Organisation de l’entreprise avec un cabinet parallèle. D’après l’audit, l’administrateur délégué, Jean-Claude Tintin, dispose d’un trop grand pouvoir en raison de ses différentes casquettes. Administrateur délégué, il aurait également les ressources humaines (RH) depuis le 13 octobre 2008. Entre 1999 et 2008, Belgocontrol a usé cinq directeurs RH (DRH). "En octobre 2008, on a pris la décision de ne pas recruter tout de suite un nouveau DRH afin d’accorder un peu de repos au potentiel du service RH et de pouvoir se déployer en interne. Deux collaborateurs compétents du service RH ont été désignés comme coordinateurs et tous deux évoluent dans leur fonction d’une manière plus que satisfaisante", se défend Jean-Claude Tintin dans un argumentaire de 24 pages envoyé à Etienne Schouppe et dont "La Libre" a eu connaissance (lire ci-dessous). Mais l’audit souligne la mise en place d’un cabinet parallèle au comité de direction composé notamment d’experts et d’agents (au moins 14 personnes) qui ne rapportent exclusivement qu’à l’administrateur délégué. La conséquence est que ces privilégiés bénéficient de salaires très élevés et ont à leur disposition un véhicule de fonction (grosse cylindrée).
Comment une situation aussi catastrophique a-t-elle pu perdurer ? "C’est une question d’habitude et le poids du passif social avec le syndrome d’une entreprise publique en situation de monopole. C’est aussi le fait que le conseil d’administration est aussi ancien", nous a confié un administrateur.


4Personnel avec un fort taux d’absentéisme. Belgocontrol emploie environ 970 personnes dont 114 qui ne sont plus physiquement en fonction pour diverses raisons (disponibilité, détachement, interruption de carrière) et 350 contrôleurs aériens. Mais l’audit révèle que Belgocontrol est caractérisé par des coûts élevés (730 € par heure de vol composée contre une moyenne européenne de 474 €) et une faible productivité avec un taux d’absentéisme élevé (12 jours par an) par rapport à ses collègues notamment suisse et hollandais. En l’absence de toute vision stratégique, Belgocontrol ne procéderait pas à une analyse coûts/bénéfices de ces actions. L’organisme belge de contrôle aérien ferait un peu trop cavalier seul et ne s’investirait pas assez dans les négociations avec les militaires afin d’agrandir son espace aérien.


5Coûts et dépenses de Belgocontrol. D’après l’audit, aucune politique d’incitation à réduire les coûts n’est menée par Belgocontrol. L’entreprise aurait prévu de faire environ 103 millions d’euros d’investissements sur 2009-2014, ce qui est jugé hasardeux par des observateurs dans le contexte économique actuel. Il n’y aurait pas non plus de politique formelle de rémunération au sein de l’entreprise. Les pertes d’exploitation qui s’élevaient à environ 542000 € en 2008 devraient culminer à environ 34 millions d’euros en 2010. D’où une proposition du secrétaire d’Etat Etienne Schouppe de revenir sur l’accord de coopération 1989. Celui-ci garantit aux Régions des prestations gratuites de la part de Belgocontrol. Pour Etienne Schouppe, les Régions doivent maintenant payer les services à Belgocontrol. En 2010, le manque à gagner de l’entreprise dans le cadre de ces prestations gratuites est évalué à 10,89 millions d’euros en Région wallonne (Charleroi Airport, Liège Airport, etc.) et 8,97 millions d’euros en Flandre (Anvers, Ostende). Le déficit du trafic à Bruxelles-National suite à la non-indexation des redevances devrait s’élever à environ 10,8 millions d’euros et l’exonération de redevances de certains vols traversant seulement la Belgique (vols en-route) devrait coûter environ 2,6 millions d’euros à Belgocontrol. Mais il semble qu’Eurocontrol, le contrôleur européen, verse annuellement à son homologue belge un montant de 150 millions d’euros pour justement compenser le trafic en-route.


6Recommandations. D’après l’audit, il faut tout faire pour maintenir l’expertise de Belgocontrol. Mais les experts suggèrent de ne pas nommer simultanément tous les administrateurs. Ils recommandent l’attribution d’un siège d’administrateur à la Flandre et à la Wallonie. Et un autre aux militaires. Sans oublier la nomination d’un DRH et la mise en place d’un comité de direction fort de 3 à 6 membres.

http://www.lalibre.be/actu/belgique/article/570132/belgocontrol-temple-de-l-incurie.html?utm_source=Newsletter&utm_medium=Email&utm_campaign=La+minute+libre


Peace and Love - Waterloo
19.03.10 08h52
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Voilà un article clair et compréhensible.Et ce qu'il révèle n'étonne qu'à moitié.Il n'y a donc plus un seul honnête homme dans le royaume ?En tous cas je comprends maintenant pourquoi les boeings rasent les cheminées de Waterloo, à trente-cinq kilomètres de l'aéroport, certains jours ou certaines nuits, à la cadence d'un par minute, et ça s'arrête brutalement : un contrôleur flamingant peut impunément y torturer les francophones qu'il abhorre.Je souhaite qu'on le trouve et qu'on le licencie pour faute grâve.


george121 - Tervuren
19.03.10 08h46
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Dommage qu'un audit n'a pas été fait pendant que Schouppe était à la SNCB. Il est grand temps que le peuple qui travaille se réveille, parce que nous sommes occupés à toucher le fond.


edouarddenis - Woluwe-Saint-Pierre
19.03.10 07h56
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Un siège aux Régions ? A quel titre ? Et pourquoi pas à Bruxelles-capitale ? Cela semble un audit téléguidé par les régionalistes avec pour but final de transférer Zaventem à la région flamande, alors que c'est l'aéroport fédéral, celui de Bruxelles-national.


Artichoke - Belgique
19.03.10 08h00
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Audit de Schouppe ? Ben voyons ! Facturé combien ? Au prix SNCB ???? Pour savoir quoi ? Que Belgocontrol est aussi pourri que la SNCB, La Poste, la STIB, et tout ce qui est contrôlé par l'Etat ??? Pas besoin de payer pour apprendre çà !

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